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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 03:14
Sujet du message: Origines et histoire des Arts Martiaux de Binh Dinh |
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Ceci est un post spécialement dédicacé à Tki, Conputer et bien sûr à tous les Kwooneux pratiquants d'AM viets.
En surfant sur des sites vietnamiens, j'ai trouvé très intéressant la lecture de cet article, dont j'ai commencé la traduction pour le partager avec vous.
Il a été écrit par M. Ðào Ðức Chương, et retrace la chronologie du style martial de la région de Binh Dinh. Les informations qu'il contient donnent un éclairage assez riche sur ce style en montrant comment il a évolué tout au long de l'Histoire du Vietnam, les influences reçues et données vis-à-vis des autres AM vietnamiens, etc. .
Je n'ai cependant pas plus d'informations sur l'auteur et ses sources, donc n'hésitez pas à recouper éventuellement les éléments présentés ici avec d'autres sources.
Ci-après la traduction des trois premiers chapitres ; s'ils vous plaisent, dites le moi et je posterai la suite.
(Je tiens également à la disposition de ceux qui le souhaitent le texte original en vietnamien, me contacter par PM pour cela.) _________________ "Quiconque croit que la croissance exponentielle peut continuer sans fin, dans un monde fini, est soit fou, soit économiste" - K. Boulding, économiste |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 03:28
Sujet du message: L'article : VÕ HỌC BÌNH ĐỊNH |
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VÕ HỌC BÌNH ĐỊNH
Qui veut me suivre à Bình Ðịnh qu’il vienne
N’est certes pas aussi raffinée que la capitale
Mais pas de terres stériles ni d’herbes brûlées à Bình Ðịnh
Trois fleuves y coulent
Sept hautes montagnes s’y élèvent
La mer de l’Est fouette de ses vagues les rives
D’antiques vestiges inscrivent la gloire des héros d’antan dans les cieux.
Ce chant populaire dépeint une terre martiale, le pays de Bình Ðịnh. C’est une région située à 407 kilomètres au sud est de l’ancienne capitale impériale de Huê, séparée par trois sommets montagneux et escarpés.
- Vers l’ouest, elle s’adosse à la grande chaîne des montagnes de Trường sơn, qu’il faut franchir via le raide col de An khê, traverser ensuite la rivière Ba pour escalader le col de Măng giang, avant d’arriver sur cette région de Tây nguyên.
- Au nord, la chaîne des monts Thạch tấn prolonge celle de Trường sơn jusqu’à la mer, séparant les deux grandes ville de Quảng Ngãi et Bình Ðịnh qui ne sont reliées que par le col de Bình đê.
- Au sud, se dressent les massifs du Nam sơn, aussi appelés les monts de Bình San, avec des sommets tel que Hòn Ông, Hòn Bà à une altitude de 1100m séparant Bình định de Phú Yên. L’accès par le sud se fait via le col de Cù Mông.
- A l’est s’étend la mer le long de 100 km de côtes. Les rivages sont rocheux et escarpés, avec quelques entrées portuaires telles que Thiện Chánh, Cà Công, Hà Ra, Phú Thứ, Ðề Gi, Thị Nại.
Deux grandes rivières traversent la région de Bình định. Au Nord coule la Lại giang, encore appelée Lại dương, qui prend sa source dans les monts An lão et Kim sơn et se jette dans la mer à An giũ. Au sud une autre rivière de même débit, la Côn, se sépare en trois affluents en arrivant au delta de Thị Nại. Hormis ses trois massifs et ses deux principales rivières, Bình định possède également d’autres crêtes montagneuses en prolongement de la chaîne de Trường sơn, ainsi que la rivière La Tinh qui traverse la province. Montagnes, fleuves et plaines se succèdent, créant ainsi une topologie très diversifiée en cette région.
Les spécialistes du Feng Shui voient la terre de Bình định comme un gigantesque trône impérial. Le bras droit repose sur les montagnes de Thạch tấn, et le gauche sur celles de Nam sơn. Le dos s’appuie sur la chaîne de Trường sơn, pour faire face à l’est vers l’immensité de la mer. Ici et là se dressent enfin quelques vestiges de tours Champa. Dans le district de Phù cát se trouve la tour Phúc Lộc, populairement appelée Phốc Lốc. Qui nhơn possède la tour de Ðôi, et Bình khê celles de Thủ thiện et de Dương long. Ces tours antiques se dressent vers le ciel, comme autant de pinceaux en pierre pour y « inscrire la gloire des héros d’antan dans les cieux ».
Entourés aux quatre points cardinaux par des chaînes montagneuses et la mer, confrontés à de fréquentes catastrophes naturelles telles que tempêtes ou inondations, les gens de cette région pour survivre ont dû s’adapter et affronter cette région difficile et inhospitalière. Les conditions sont ainsi réunies pour que naisse et se développe un style martial spécifique à Bình định.
Qui rentre au pays intérieur qu’il dise,
Du bambou reçu poisson sera rendu.
Jadis, le commerce avec le « pays intérieur » était essentiel. Depuis la plaine montaient des denrées telles que le poisson séché, le mắm (poisson saumuré varié), et du sel. Au retour, on ramenait des pousses de bambous, du bétel, etc. Le retour sur investissement était de un pour dix.
Mais transporter la marchandise depuis la mer vers le sud puis vers la région de l’ouest était alors une entreprise périlleuse, et c’est probablement la raison pour laquelle les arts martiaux devaient y voir le jour et se développer : avant tout pour sécuriser le transport des marchandises qui franchissaient les cols et traversaient les fleuves. Ils étaient utiles à la fois pour combattre les bêtes fauves mais aussi pour se protéger du banditisme sur le chemin voire au sein mêmes des fermes. Non seulement les hommes, mais aussi les femmes, les jeunes enfants apprirent les arts martiaux pour se défendre et protéger leurs biens, et ils devinrent ainsi progressivement une tradition.
Qui vient à Bình định verra,
Fille de Bình định du fouet des poings jouera.
(Chanson populaire)
Ce qui n’empêcha pas le long fleuve des Arts Martiaux de Bình định de connaître de multiples méandres à travers les épisodes de son histoire.
LA GENESE (1470-1558)
L’année Canh Thìn (1470), le roi du Champa Trà Toàn amena ses troupes envahir les terres de Hóa châu, et dépêcha des émissaires en Chine auprès des empereurs Ming (pour obtenir de l’aide). Le roi Lê Thánh Tôn prit alors lui-même la tête des armées et avec 20 000 hommes, il riposta par une contre-attaque sur le royaume de Champa. Il atteignit la capitale Ðồ Bàn (Vijara) et conquis les terres s’étendant jusqu’au col de Cù mông. Cette région fut dès lors annexée à la région de Quảng Nam, et fut nommée province de Phủ Hoài avec trois districts Bồng sơn, Phù ly et Tuy viễn.
Les populations du Nord Vietnam, venant principalement de la région de Hà đông et du Centre Nord, arrivèrent progressivement sur ces terres pour s’y installer, en profitant du départ de nombreux Chams vers le sud. Pour survivre, ils synthétisèrent alors les styles martiaux de leur pays d’origine en associant différentes techniques zoomorphiques inspirées d’animaux sauvages, mais encore de coqs de combats. Puis ils les modifièrent, en créèrent d’autres, avant de les faire évoluer pour les rendre totalement adaptés au contexte et à la topologie de leur nouveau foyer.
Au départ, les deux techniques les plus usitées furent le combat à mains nues appelé quyền, et le combat au bâton long, appelé « perche » (roi). Ils utilisaient pour cela des tiges de bois qui servaient à la fois de palanche et d’arme de protection. La palanche permettait de transporter une charge trois fois plus importante que celle transportée à bout de bras. Elle était constituée de tiges de vieux bambous, à la fois solides et souples donc pratiques sur les deux plans : agréables pour le transport car ils pouvaient osciller au rythme de la marche, mais efficaces également pour les arts martiaux car ils ne risquaient pas de se rompre ou de se casser.
Au fil du temps et des années s’est ainsi créée une forme martiale nouvelle et originale, que tout le pays appela bientôt le style martial (võ) de Bình định.
LE DEVELOPPEMENT (1558 – 1771)
Cette période commença avec l’année Mậu Ngọ (1558) où Nguyễn Hoàng entra dans la ville principale de la province Thuận hoá, créant ainsi le pays de Nam Hà, et se termina avec l’année Tân Mão (1771) qui vit surgir la Révolte de Tây Sơn. Durant ces deux siècles, le style martial de Bình định fit un important pas en avant avec le développement de toutes sortes de techniques liées à des armes diverses et la structuration progressive vers un système cohérent. L’histoire du célèbre héros Lía racontée dans un poème populaire de 1336 vers, divisé en six chapitres, donne un bon aperçu du contexte des arts martiaux et de leurs pratiquants durant cette époque à Bình định.
En croisant le contenu du poème et les transmissions orales populaires concernant la vie de Liá, il semble que le vrai nom de ce fameux personnage était Võ văn Ðoan, mais les gens l’appelaient plus familièrement « le Jeune Liá ». Sa lignée paternelle était originaire du district de Phù ly (aujourd’hui Phù mỹ), et après la mort prématurée de son père, Liá suivit sa mère qui retourna dans son village natal de Phú lạc, (canton de Thời hòa, district de Tuy viễn aujourd’hui appelé district de Tây Sơn). La famille était pauvre, sa mère tombait fréquemment malade, et Liá était encore trop jeune pour ramener de l’argent et pourvoir aux besoins du foyer. Il dut plusieurs fois se rendre chez de riches propriétaires quémander des restes de nourriture ou un travail de journalier, et il essuya non seulement des refus mais aussi injures et humiliations. Malgré sa ferme intention de rester honnête et vertueux, il devint ainsi prêt à tout faire pour sauver sa mère de la misère et de la famine.
(Là s’ensuit un long résumé des aventures de Liá, entrecoupé de citations extraits du poème. Une histoire pleine de péripéties et de rebondissements, qui nous le présente comme une sorte de Robin des Bois vietnamien avec un niveau de pratique martiale exceptionnel.
Je l’ai retiré du présent texte, estimant que cela n’apportait pas beaucoup sur le plan historique et martial. Mais je le tiens à la disposition de tous ceux qui souhaitent le lire en vietnamien, et si vous le voulez en français, ben faudrait alors que je songe à finir la traduction …)
L’APOGEE (1771-1802)
De l’année Tân Mão (1771), où Nguyễn Nhạc donna le signal de la révolte à Gò Tô sur les terres de Tây sơn, jusqu’à l’année Nhâm Tuất (1802) où le roi Quang Toản fut fait prisonnier dans le district de Phượng nhãn, province de Bắc ninh, le système martial de Bình định prit une dimension nouvelle : celle de l’art martial de Tây Sơn (võ Tây Sơn).
Les « Trois Braves » de Tây Sơn étaient les trois frères : Nguyễn Nhạc (?-1793) l’aîné, Nguyễn Huệ (1753-1792) le cadet, et Nguyễn Lữ (?-1788) le benjamin. Ils naquirent tous trois dans le village de Kiên mỹ, rattaché au district de Bình khê (aujourd’hui appelé Tây sơn).
Le vrai nom de famille des Nguyễn de Tây Sơn était Hồ, et ils étaient issus de la lignée de Hồ Qúy Ly. Leur ancêtre quatre générations auparavant était Hồ Phi Khanh, établi à cette époque dans la province de Nghệ An. En 1655, alors que la guerre des deux clans Trịnh - Nguyễn reprenait pour la cinquième fois, les soldats du clan Nguyễn attaquèrent Nghệ An. Hồ Phi Khanh comme une partie de la population locale fut fait prisonnier et emmené de force vers le district de Qui ninh, dans la province de Tuy viễn pour y défricher des terres. Au village de Bằng châu, il rencontra le clan Ðinh qui l’aida à s’y installer. Son fils Hồ Lang déménagea ensuite vers le village de Phú lạc, et son petit-fils Hồ Phi Phúc vers le village voisin de Kiên mỹ. C’est là que naquirent les trois frères Tây Sơn, portant tout d’abord le nom de leur père qu’ils changèrent bientôt pour celui de leur mère.
Lorsqu’ils étaient enfants, les trois frères Tây Sơn reçurent l’enseignement sur les Classiques du professeur Hiến, un homme talentueux et réputé qui était déçu par le régime dissolu et corrompu de l’époque, l’oppression et le pillage du peuple.
Par ailleurs, les frères Tây sơn étudièrent également les arts martiaux avec le maître d’armes Ðinh Văn. Le surnom de ce dernier était « le sieur Chảng », et il était originaire du village de Bằng châu. Il était réputé pour son caractère emporté, téméraire et prompt à se rebeller, ainsi que son absence d’égards envers les instances gouvernantes. Les trois frères furent très appréciés par leur maître, qui leur transmit ainsi de nombreuses techniques et secrets martiaux. Constatant la valeur et l’efficacité du style de Bình định, nos trois héros Tây sơn l’intégrèrent par la suite dans leurs approches militaires au cours de la Révolte, et portèrent ainsi le système martial de Bình định à son apogée.
Dans l’armée Tây Sơn, chaque combattant était avant tout un pratiquant d’art martial. La base de la formation militaire reposait sur l’entraînement aux arts martiaux, et un soldat devait réussir à maîtriser tout ou partie de la liste des armes suivantes :
1.- Quyền : technique de combat utilisant poings nus et pieds appelées également « thảo bộ ». Un Quyền est composé de plusieurs thảo bộ (Tao Lu), comme par exemple : le thảo bộ du Phénix (Phượng Hoàng), des Quatre Mers (Tứ Hải), du Moine Méditant (Thiền Sư), de la Coupe de Jade (Ngọc Trản), de l’Enfant Génie (Thần Ðồng), du Vieux Prunier (Lão Mai Ðộc Thọ), etc. Si l’on était bon dans le domaine du Quyền, alors l’on excellait souvent dans l’utilisation de la perche. C’est pourquoi le Quyền constituait la discipline fondamentale et primordiale. Les soldats Tây Sơn s’en servaient lors des assauts et combats rapprochés, en corps à corps final sur le champ de bataille.
2. – Roi : technique de combat utilisant la perche, également appelé côn (bâton de combat). La perche ne doit pas être ni trop grande ni trop petite mais adaptée au bras de celui qui la manie, pour obtenir une frappe puissante et rapide.
Il en existait deux sortes : la perche « roi trường » et celle dite « roi đoản ». Le pratiquant du roi trường était en général à cheval et n’utilisait qu’une extrémité de l’arme pour frapper.
Le roi đoản était la perche de combat, d’une longueur dite de « tề mi » ce qui signifie à la hauteur du sourcil de celui qui s’en sert, ce qui équivaut à environ 1m60. La perche de combat est tenue par son milieu de sorte à pouvoir utiliser ses deux extrémités. Par exemple, la pointe du bâton était abattue à la verticale sur l’adversaire l’obligeant ainsi à parer, mais ce n’était qu’une feinte. Pendant ce temps et à une vitesse éclair, la queue du bâton est employée pour exercer une frappe directe vers le bas ventre de l’adversaire, et ceci constituait le coup réel.
Autrefois, les pratiquants d’arts martiaux (võ sĩ) avaient pour habitude de draper une grande et longue étole sur leurs épaules, pour l’utiliser en guise de bâton en cas d’affrontement. L’écharpe alors appelée « roi nhuyễn tiên » n’était pas réellement utilisée pour frapper mais plutôt pour « déployer et feinter », dérouter l’adversaire avant de percer sa garde et de le désarmer.
3. - Song sĩ: deux bâtons en bois dur qu’on portait serrés le long de l’avant-bras, dépassant légèrement aux deux extrémités. En pique ou coup de coude, les deux pointes du song sĩ peuvent ainsi s’enfoncer dans le corps de l’adversaire.
4. – Ðao : le sabre, pour trancher et piquer. Avec une grande et large lame, il était alors appelé « đại đao ».
5. - Kiếm : l’épée. Simple épée ou doubles épées, les lames étaient longues mais ne dépassaient toutefois pas 1 mètre.
6.- Siêu : ressemblait au sabre, mais avec un manche long. Les techniques qui s’y rapportaient sont à mi-chemin entre l’épée et le bâton.
7. Thương, giáo, mác, lao (lance, hallebarde, etc.?): possédaient un manche long, et étaient utilisés pour le piqué, la frappe ou le lancer.
8.- Xà mâu (lance serpentine), đinh ba (trident), bừa cào (râteau) : tous avec des manches longs et des pointes multiples, d’où des techniques de manipulation plus lentes et un usage plus rare.
9. - Lăng khiên : bouclier rond et plat, doté d’une poignée en son centre, utilisé pour protéger et parer lors d’un affrontement.
10.- Song chùy (double masses d’armes) : de forme ovale et dentelée en plusieurs arêtes, dotés d’un manche pour la prise en main mais aussi pour la frappe, ils étaient également moins usités.
11. – La chaîne en métal, utilisée en tant que fouet.
12. – Arc, fronde et arbalète, utilisés pour lancer des projectiles vers l’adversaire à distance.
Une des spécificités du style martial de Tây Sơn était que chaque forme ou posture possédait un texte appelé « bài thiệu » pour l’accompagner. Ce texte contenait la dimension théorique et l’esprit de la technique, transcrits à travers un poème en rimes pour en faciliter la lecture et la mémorisation. L’élève en apprenant les techniques devait également retenir par cœur le « bài thiệu » associé, et le récitait au fur et à mesure qu’il exécutait la forme, de sorte à accorder à l’unisson la théorie et la pratique. Cette pédagogie martiale se révéla très efficace pour entraîner et former plusieurs personnes en même temps, et fut appliquée dans les écoles militaires des troupes Tây Sơn.
C’est à cette époque que furent également inventé les tambours de guerre de Tây Sơn. L’instrumentiste frappait simultanément plusieurs tambours dont le nombre pouvait aller jusqu’à 12, et devait pour cela maîtriser les techniques martiales du bâton de combat. Il utilisait une masse courte renforcée aux deux extrémités appelée « roi trống », mais employait également ses paumes, ses poignets, ses coudes et ses épaules de sorte à tirer des sons variés du tambour, interprétant ainsi des airs à la fois martial et héroïque. Sur le champ de bataille, il n’utilisait que deux grands tambours pour frapper des airs de combat, dont les résonances portaient très loin pour inspirer une sensation à la fois pressante et stimulante.
La tactique militaire de Tây Sơn reposait sur le principe de prise de contrôle sur l’adversaire en partant d’une longue portée pour se rapprocher peu à peu. A distance, on utilisait des canons placés à dos d’éléphants. Lorsque la cible se trouvait à environ 100 m, on passait à des fusils à longue portée. Plus près, étaient alors employés arc et arbalètes, puis les fusées incendiaires. En dernier venait l’assaut en corps à corps, avec l’utilisation de toutes les techniques d’arts martiaux pour emporter définitivement l’avantage suivant un principe de « un contre plusieurs ».
En effet, les troupes Tây Sơn ne comptaient pas sur le nombre mais plutôt sur l’habileté et le courage individuel. Les unités d’infanterie étaient donc de petite taille, se déplaçaient très rapidement, et étaient parfaitement adaptées aux tactiques d’attaques éclairs. Frapper vite et fort, avoir des positions mouvantes, et attaquer soudainement l’adversaire par sa faille. Toute cible conquise était ensuite renforcée et contrôlée par les unités d’éléphants de combats, aussi utilisées en tant qu’unités d’artillerie puisqu’ils transportaient également les canons. Voilà en deux mots les principes de la tactique militaire utilisée par les trois frères Tây Sơn, fortement influencée par leur formation originelle de pratiquant d’art martiaux.
Il était également dit que tous les généraux de l’armée Tây Sơn furent des combattants d’un niveau martial exceptionnel. Nguyễn Huệ était réputé pour son utilisation de la perche (roi), Nguyễn Lữ excellait dans le maniement du bâton et inventa ainsi le Hùng Kê quyền, en partant de techniques martiales zoomorphiques inspirées par les coqs de combat. Võ văn Dũng quant à lui était si bon au maniement du sabre que cet adage populaire fut créé :
Phá sơn trung tặc, dị
Thắng Văn Dũng đao, nan
(Réduire un ennemi caché au fond de la montagne est facile / Vaincre la lame du sabre de Văn Dũng est autrement plus difficile)
Ðặng văn Long (que certains ouvrages appellent aussi Mưu) maîtrisait pour sa part à la fois les techniques de combat dures et souples, et possédait des mains si puissantes qu’il fut surnommé Ðặng le briseur d’acier. Bùi thị Xuân quant à elle était inégalée au maniement de l’épée.
En un mot, l’art martial de Tây sơn naquit de l’art martial traditionnel régional de Bình định, dont la pratique fut structurée et systématisée de sorte à en faire une discipline militaire. Il devint une arme stratégique originale et spécifique pour Tây Sơn, qui donna ainsi son apogée maximale au style martial de Bình định.
(Prochain épisode : de 1802 à 1945, la clandestinité - les influences externes) _________________ "Quiconque croit que la croissance exponentielle peut continuer sans fin, dans un monde fini, est soit fou, soit économiste" - K. Boulding, économiste |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 10:10
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merci beaucoup pour cette traduction , c'est passionnant.
vivement la suite  |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 10:28
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Génial! Merci beaucoup! _________________ "La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute" P. Desproges |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 11:34
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sniff, sniff, j'ai meme plus assez de larmes pour pleurer ma joie
Pour tous les kwooneurs: mais comment pourra t'on un jour la remercier? _________________ Ma prez' , mon but dans la vie
True Neutral Human Druid (4th Level)
the real conputer monster, the conputer song
today's samurai have lived in luxury for nearly two hundred years and have seen no fighting for 5 or 6 generations. Their military skills have disappeared [...] and seven or eight out of ten are as weak as women.
sugita gempaku [1773-1817] |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 11:47
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j'allais dire invitez la au restau, mais si je me souviens bien c'est sa maman qui cuisine le mieux a t elle ecrit....
va pas etre simple.....
un bon restau francais !  _________________ présentation
| Citation: |
"Heaven's way is like the bending of the bow, when the bows is bent the top comes down and the bottom comes up."
-Dao De Jing (attributed to Lao Zi) |
I am a Neutral Good Human Ranger (6th Level) |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 11:58
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Tiêu Long Nu
J'ai enfin trouvé la perle rare.
Duong Qua |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 12:00
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Oh, Long Nu !!!!
Qu'il est doux et merveilleux de t'avoir parmis nous !!!!!!
Tu mériterais presque une bouteille de Monbazillac la prochaine fois que l'on va se voir !!! si si
Pour les z'amoureux des arts martiaux vietnamiens, voici un document que j'ai récupéré sur un site de stratégie militaire...
Je pense qu'il continue agréablement la suite de ce que tu as posté !!!!
Et encore milles révérences à toi, Ô Dragonne Eclatante et Enchanteresse !!!
La stucturation de l'armée
L'armée viêtnamienne connaît sous Gia-Long sa plus grande extension, comprenant, théoriquement, 113.000 hommes et 30 bataillons d'artillerie. Par ordre de comparaison, les "gouverneurs sécessionnistes " de la fin du 18ème siècle, les Trinh et les Nguyên avaient respectivement 100 000 et 40 000 hommes. Pour anecdote, ces derniers remportèrent la victoire grâce à l'homogénéité de leurs populations, la puissance d'arrêt de leurs fortifications (citadelles de Saigon construite en 1790 par Olivier de Puymanel et de Nha Trang en 1793) et le concours des étrangers (surtout Portugais et Français).
L'armée du 19ème siècle conserve la structuration antique en deux parties, les troupes de mer et les troupes de terre, qui elles-mêmes, étaient à leur tour subdivisées en trois corps : les Vê ou garde royale, les Co' ou régiment de l'intérieur et la gendarmerie(5) ou linh-lê, composée de soldats attachés aux gouverneurs de province et chargés de la surveillance des villes, des grands chemins et des rivières. Il est difficile, vu le manque et la contradiction des sources en ce domaine de fournir l'effectif exact de ces différents corps. Mais si l'on en croit L. Bezacier qui dans son article sur "l'art et les constructions militaires annamites ", se fonde sur l'organisation militaire des 17ème et 18ème siècles et sur les écrits comparés du Père de Rhodes (missionnaire français) et du Père Tissanier pour comprendre celle du 19ème siècle, la garde royale devait s'élever sous Gia-Long à 50 000 hommes et les Co' ou garde intérieure à 60.000 hommes. On peut imaginer que parmi cet effectif, un certain pourcentage était alloué, quel que soit le corps de troupe d'origine, à la gendarmerie. A cela il nous faut ajouter l'effectif de la marine s'élevant au nombre de 15.000 matelots, soit un effectif total dépassant de peu celui annoncé plus haut avec 125.000 hommes. Nous estimons quant à nous que l'effectif de l'armée viêtnamienne devait fluctuer entre ces deux quotas selon les aléas militaires c'est à dire avec la proximité d'un conflit. Il faut savoir également que cet effectif de 125.000 hommes pouvait être doublé voir même triplé en raison de la nature de l'armée viêtnamienne telle qu'elle a été fondée en la cinquième année Thai-Binh (974) par le roi Dinh-Tiên-Hoang et conservée jusqu'au 19ème siècle. Le principe est simple et étonnamment moderne puisqu'il s'agit d'une armée nationale ayant un effectif total d'un million d'hommes. Certes, cette formidable armée n'était pas entièrement sous les drapeaux, elle n'existait que sur les registres pour former ce que nous appelons des réserves, ne laissant à la disposition du roi qu'un nombre d'hommes suffisant pour la défense rapide du territoire, en somme une armée de couverture. Ainsi nous avons affaire, tout au long de l'histoire militaire viêtnamienne, à une armée de soldats-cultivateurs. C'est ainsi que sous les Lê (15ème-fin 18ème siècle), par exemple, le service était divisé en cinq tours. Pendant que le premier tour faisait son service, les quatre autres rentraient à la campagne cultiver leurs champs, et ainsi de suite. A titre d'exemple supplémentaire, les soldats de l'armée de Gia-Long disposaient en temps de paix, de trois mois de retraite dans leurs foyers. Il se trouvait donc une grande armée sur les registres et toute prête, étant exercée, sans qu'il y ait pour cela un grand nombre d'hommes en caserne.
L'ordre de marche de l'armée est fonction principalement de la géographie qui l'entoure, ainsi Sun-Tzu dit : "Ceux qui ignorent les conditions géographiques - montagnes et forêts, défilés périlleux, marais et marécages - ne peuvent conduire la marche d'une armée"(7). Lê Kuan Tzu( conseille pour sa part : "Le chef d'armée doit à l'avance se familiariser avec les cartes de façon à connaître les passages dangereux pour les chars et pour les chariots, ceux où l'eau est trop profonde pour les véhicules, les cols des montagnes connus, les principaux fleuves, l'emplacement des hautes terres et des collines, les endroits où les joncs, les forêts et les roseaux sont luxuriants, la longueur des routes, l'importance des cités et des villes, les cités bien connues et celles qui sont abandonnées et les lieux où existent des vergers luxuriants"(9). Mais la marche de l'armée est fonction principalement des conditions climatiques, aussi ne peut-on s'étonner qu'elle n'ait lieu qu'au moment de la saison sèche (10).
Passé ce souci géostratégique, une question se pose à nous : comment était organisée l'armée viêtnamienne en marche ?
Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre que tous les principes cités ci-dessus remontent au temps de Sun-Tzu sous les "royaumes combattants", il y a 25 siècles en Chine. L'époque des "royaumes combattants" coïncide avec la naissance des armées permanentes commandées par des officiers de carrière. Les nouvelles armées étaient composées non seulement de troupes disciplinées et bien entraînées mais encore de conscrits dont l'âge s'échelonnait entre 16 et 60 ans. Les premières formations de ce genre apparurent vers 500 avant Jésus-Christ et avec elles, les stratégies de marche, les formations de combat, la conduite de la guerre…Le temps du preux ou du chevalier (11), qui tirait son renom de ses hauts faits personnels, était révolu. Au début du 4ème siècle, la technique guerrière en Chine, était parvenue à sa maturité.
Ainsi si l'on se réfère à la formation de marche de l'armée chinoise des Han (-40 ; 87), l'armée poursuit sa route, toujours orientée dans un ordre immuable et dominateur, comme si en progressant elle regardait le sud, ainsi que fait un chef. En avant est portée la bannière de l'Oiseau Rouge (Sud), en arrière celle du Guerrier Sombre (Nord), à l'aile droite (Ouest) celle du Tigre Blanc, à l'aile gauche (Est) celle du Dragon Azuré(12). Pour ce qui est de l'armée viêtnamienne - chaque file était composée de dix hommes - l'ordonnancement qui se rapproche au mieux de l'armée chinoise est la formation de bataille en carré38. Comme je l'ai dit au début de ce paragraphe, la marche de l'armée dépendait de la géographie, en outre, elle devait certainement être en formation de bataille.
Comme l'affirme le principe militaire de base : " une armée en bataille doit être comme un serpent; si on la frappe à la tête, la queue doit immédiatement se replier pour lui porter secours; si on la frappe à la queue, la tête doit se précipiter pour sauver celle-ci"(13). L'atout majeur de la formation en carré est la protection du train de l'intendance, du général en chef, mais surtout l'aptitude de l'armée à recevoir l'ennemi de n'importe quel côté. Si cette formation ressemble trait pour trait à la formation antique chinoise, il en existe cependant une seconde qui pouvait être employée quel que soit le terrain, qu'il soit ami ou ennemi. Il s'agit du plan de bataille de Thai Luc ou Grand Extrême qui nous révèle, grâce à Dumoutier(14), l'ordonnancement de l'armée viêtnamienne : l'armée est précédée de patrouilles d'observation, si celles-ci voient de la poussière soulevée par l'ennemi, elle doivent promptement signaler ce fait au général commandant en chef. Puis avancent l'avant-garde et l'aile droite composée des six compagnies du Tigre, du Serpent, du Vent, du Principe Mâle et du Soleil (dans l'ordre de marche), suivis du corps central composé des compagnies de la Terre et du Ciel, du train des bagages et enfin, les six compagnies de l'arrière-garde avec la Lune, le Principe Femelle, le Nuage, le Moineau et le Dragon(15). La troupe en marche doit conserver ses distances ; l'avant garde, le corps central et l'arrière garde ont la même importance en terrain ennemi. Il doivent être séparés les uns des autres de 115 pas(16) en temps ordinaire, et se rapprocher jusqu'à ne former qu'une colonne quand il s'agit de franchir un passage dangereux, ils reprennent ensuite leurs distances.
L'armée en marche et les différentes tactiques adoptées (suite)
Durant la marche, chaque corps de troupe est précédé de drapeaux de cinq couleurs différentes(17) qui marchent de concert pour indiquer aux soldats les particularités de la route. Quand on rencontre des sources, on enlève le drapeau jaune, quand on est en vue d'un fleuve, on enlève le drapeau noir, quand on est en pays accidenté et forestier, on enlève le drapeau bleu, et quand on traverse des plaines incultes et couvertes de broussailles, on enlève le drapeau blanc. Ces indications sont utiles pour l'armée qui en réponse adopte l'attitude qui s'y prête : les drapeaux équivalent aux cinq terrains définis par Sun-Tzu(1 . Le danger pour l'armée sur les terrains présentant des sources et donc des cours d'eau et des fleuves (drapeaux jaune et noir) est, comme l'énonce Sun-Tzu dans ses quatrième, cinquième et sixième principes(19), d'être coupée en deux au moment de la traversée du dit fleuve, par une attaque de l'ennemi. En ce cas, la solution est de traverser et de s'éloigner rapidement de l'eau afin de ne pas s'y trouver acculé. Le terrain accidenté et forestier (drapeau bleu), a été classifié comme suit par Tsao Tsao(20): "Les eaux fluviales des montagnes escarpées sont des torrents à pics". Un endroit entouré de hauteurs qui présente au centre un terrain en contrebas est appelé "puits du ciel". Lorsque franchissant des montagnes, on se retrouve dans un paysage qui ressemble à une cage couverte, c'est une " prison du ciel ". Les endroits où les troupes peuvent être prises au piège et avoir la route coupée s'appellent " filet du ciel ". Un affaiblissement du sol, c'est un "piège du ciel". Là où les gorges montagneuses sont étroites et la route effondrée sur plusieurs dizaines de pieds c'est une "crevasse du ciel". Enfin, le dernier terrain, celui des terres incultes (drapeau blanc) est caractérisé par des étangs couverts d'herbes aquatiques, parmi lesquels poussent des roseaux et des joncs ou encore par des marais salants. Le danger de ces deux types de terrains montagneux boisés et forestiers couverts de broussailles enchevêtrées est la présence possible d'embuscades ou d'espions ; aussi Sun-Tzu conseille t-il la prudence et des fouilles approfondies. Enfin quand la troupe s'engage dans une forêt, le général doit faire occuper les points culminants, et observer dans quelles directions volent les oiseaux(21). Les oiseaux, effrayés par une troupe en marche, s'enfuient toujours en avant.
La marche de l'armée est régie par la géomancie, ainsi quand une armée sort d'un camp et que le vent vient en sens contraire de sa marche, on doit s'avancer en avant de la troupe et tracer avec un couteau les deux dessins de l'amulette sur le sol, qui a le dont de faire disparaître le vent. De même, les saisons ont également une grande importance pour sortir de la citadelle ou du camp. Au printemps, on sortira du camp par la porte Est, l'homme d'avant garde sera armé d'une épée. En été, on sortira par la porte Ouest, l'homme d'avant garde sera armé d'un arc. En automne, on sortira par la porte Sud, l'homme d'avant garde sera armé d'un fusil. En hiver, on sortira par la porte Nord, l'homme d'avant garde sera armé d'une lance. Le départ de l'armée dépend aussi du jour propice choisi sur les tables rédigées à cet effet, et ce quelle que soit la saison :
• Les jours Jiap et At, on sortira par la porte Est, les soldats seront vêtus de bleu, on invoquera le génie Thanh-Dê ou l'Empereur Bleu. • Les jours Binh et Dinh, on sortira par la porte Sud, les soldats seront vêtus de rouge, on invoquera Xich Dê ou l'Empereur Rouge.
• Les jours Mau et Ky, on réunira d'abord les troupes au milieu du camp, on invoquera Hoang Dê ou l'Empereur Jaune, et on sortira par n'importe quelle porte ; les soldats seront vêtus de jaune.
• Les jours Canh et Tan, on sortira par la porte Ouest, les soldats seront vêtus de blanc, et on invoquera le génie Bhac-Dê ou l'Empereur Blanc.
• Les jours Nhâm et Qui, on sortira par la porte Nord, les soldats seront vêtus de noir, on invoquera Hâch Dê ou l'Empereur Noir.
Le général formule l'invocation : "Moi x chef d'armée chargé par le roi de conduire les troupes contre l'ennemi, je les place sous la protection de l' Empereur Jaune, je le prie de m'accorder la victoire". Après avoir prononcé ces paroles, le général doit partir immédiatement, sans tourner la tête, suivi de toute l'armée. Selon que l'armée se dirigera vers l'un des quatre points de l'horizon, le drapeau de l'avant garde sera d'une couleur différente, il sera bleu pour l'Est, rouge pour le Sud, blanc pour l'Ouest et noir pour le Nord.
Pour conclure sur la marche de l'armée, le général devait ménager ses soldats, il devait les faire reposer pendant les chaleurs, pendant les grands froids, pendant le vent et pendant la pluie.
La bataille , son déroulement et l'ordre en combat
Les opérations sur le terrain sont souvent conduites à partir de camps fortifiés provisoires(22) dont le plan est identique à celui des villes chinoises : une place enclose dans des murs de terre battue ou de simples haies de bambou qu'entoure un fossé. Le camp est une ville carrée où l'on creuse des puits, où l'on élève des foyers, qui a ses portes cardinales et qui renferme dans son enceinte, les tablettes des ancêtres et des génies du sol. Des rues et des avenues orientées Nord-Sud et Est-Ouest, fournissent les lignes de feu et de verrouillage. Au centre la bannière du commandant en chef flotte sur son état major et sur les compagnies de la terre et du ciel (sa garde personnelle), tout en étant encadrée par les compagnies de l'aile gauche et de l'aile droite.
Dans chaque camp commence une espèce de retraite qui prépare à la bataille. On cherche à percer la patience de l'ennemi, à savoir s'il est disposé à donner un gros effort, à deviner s'il a emporté de grandes provisions de grains, à voir enfin, s'il tient à remporter une victoire ou simplement à faire montre de sa force. Parfois les armées se rangent en bataille sans que ni l'une ni l'autre ne s'avancent au combat. Chacun attend le jour favorable, que ses devins épient et échangent des messages pour fixer l'heure de la rencontre.
Mais attention, de telles pratiques "courtoises" dépendent surtout de l'ennemi que l'on a en face. Si l'on voit dans l'adversaire non pas un rival mais un ennemi véritable, si on veut le déclarer hors la loi viêtnamienne(23), et le châtier comme un barbare(24), si l'on entend supprimer une dynastie périmée et novice, on envoie pour lier le combat, des braves dévoués à la mort. Tel est le rôle réservé aux amnistiés. Au contact de l'ennemi, ils devront se couper la gorge en poussant un grand cri. Une âme furieuse s'exhale de ce suicide collectif et s'attache comme un sort néfaste à l'ennemi. Cette pratique enusage à la fois chez les Viêtnamiens et les Chinois, devait cependant être peu pratiquée par son intégrisme poussé à l'extrême. Peut-on considérer les Viêts hurlants se jetant sur les barbelés des collines de Diên Bien Phu sous la mitraille des défenseurs comme une réminiscence de ces pratiques anciennes ?
Avant le combat, la première batterie de gong, commande à chacun de préparer ses armes. La seconde batterie est le signal de la réunion par compagnie, la troisième est le signal du départ. Sur le champ de bataille, l'armée viêtnamienne rangée en ordre de bataille offre un spectacle impressionnant, lorsque s'alignent les formations compactes et que claquent au vent une multitude d'étendards et de bannières richement brodés et ornés de figures de tigres, d'oiseaux, de dragons, de serpents, de phénix et de tortues, qui signalent l'état major du général et de ceux de ses lieutenants, qui commandent les ailes. Une fois alignée, l'armée en marche conserve ses distances appliquée également par l'ordre de marche, l'aile droite, le corps central et l'aile gauche ont la même importance numérique et sont séparés les uns des autres de 115 pas. Pour ce qui est de la bataille en elle-même, si celles de l'antiquité étaient des mêlées rudimentaires qui, généralement n'amenaient aucun résultat décisif, les armées modernes asiatiques dont l'armée viêtnamienne, disposaient quand à elles de différentes règles de stratégie (25) en combat, fixées par l'Empereur chinois Hoang-Dê(26) en 246 avant JC (et toujours appliquées). Celles ci sont aux nombres de sept mais sont fonction du nombre d'hommes présents dans l'armée. Les deux premières combinaisons exigent chacune la mise en ligne de 5.800 hommes, disposés comme suit :
1. Un bataillon central de mille hommes, divisé en deux compagnies qu'on appelle les compagnies du Ciel et de la Terre, soit la garde du commandant en chef. Ces compagnies se subdivisent chacune en deux sections de 250 hommes.
2. Douze compagnies de 400 hommes, dont six pour l'aile droite et six pour l'aile gauche. Ces compagnies ont chacune leur nom, celles de l'aile droite s'appellent : le Soleil, le Principe Mâle (en elles-mêmes deux compagnies), le Vent, le Serpent, le Tigre et celles de l'aile gauche : le Principe Femelle, le Nuage, le Moineau, le Dragon.
La bataille , son déroulement et l'ordre en combat (suite)
La première combinaison est le plan de bataille de Thai Cuc ou grand extrême. Au premier coup de gong de métal suivi de trois coups de tambour, les quatre sections des compagnies centrales du Ciel et de la Terre viennent se grouper autour du général, deux en avant, deux en arrière puis, à un second coup de gong de métal, les deux étendards du Ciel et de la Terre se portent à 30 pas(27) en avant du bataillon central ainsi groupé autour du chef de corps. Pour la formation des ailes, on frappe un coup de gong. Alors les compagnies du Soleil, du Principe Mâle, du Vent, du Serpent et du Tigre se placent successivement en ordre pour former l'aile droite et, les compagnies de la Lune, du Principe Femelle, du Nuage, du Serpent, du Moineau et du Dragon, se placent de même pour former l'aile gauche. C'est dans cet ordre que l'armée avance. Si l'aile droite prend la première le contact avec l'ennemi, c'est la compagnie du Tigre qui est engagée d'abord alors, la compagnie du Serpent se cache dans les herbes pour arrêter les fuyards, tandis que la compagnie du Vent se déploie pour tourner l'ennemi et l'envelopper, et que les compagnies du Principe Mâle et du Soleil se portent à droite et à gauche de la compagnie du Tigre pour l'aider dans son action. Dans le cas différent où l'aile gauche aborde l'ennemi en premier, les chose se passent exactement de la même façon pour les compagnies correspondantes de l'aile gauche tandis que, le centre doit rester immobile pour protéger le général.
De même que le premier ordre de bataille, la deuxième formation dite de Thai Cuc Hôn Nguyên obéit aux même ordres : au premier coup de gong de métal suivi de trois coups de tambour, les 500 hommes de la compagnie du Ciel prennent leur position en arrière du général, tandis que la compagnie de la Terre se porte en avant. Les compagnies du Soleil et de la Lune se placent alors à droite et à gauche du bataillon du Ciel, et forment ainsi "les deux pieds" du corps d'armée. Les compagnies du Principe Mâle et du Principe Femelle se placent de la même façon de chaque coté du bataillon de la Terre, et forment "les épaules" du corps d'armée. A un autre commandement, transmis par un coup de tambour, les compagnies du Vent, du Nuage, du Dragon et du Serpent, se placent de chaque coté et en avant du bataillon de la Terre, formant ainsi "la tête" du corps d'armée, tandis que les compagnies du Tigre et du Moineau se placent en arrière et sur les flancs du bataillon de la Terre. Dans cet ordre de bataille, si la formation de tête entre en contact avec l'ennemi, c'est la compagnie du Dragon qui est engagée en première, tandis que les compagnies du Vent et du Nuage ceinturent l'ennemi des deux cotés et que celle du Serpent s'étale pour constituer une défense linéaire. Dans un second temps, les compagnies du Principe Mâle et du Principe Femelle se portent à droite et à gauche de la compagnie du Dragon pour former une ligne de bataille. Cette configuration de bataille est équivalente pour les deux autres côtés comprenant la compagnie du Moineau et la compagnie du Tigre. Les compagnies du Ciel et de la Terre restent immobiles(2 pendant la durée des opérations.
Le troisième ordre de bataille dit du Sien-Thien ou du ciel antérieur est employé quand l'armée compte près de 7 600 hommes. La réserve centrale autour du général demeure toujours composée de 1 000 hommes, mais divisée dans ce cas précis en huit sections, les deux sections de tête arborent chacune l'étendard de la Terre portant le chiffre 10. L'aile droite et l'aile gauche sont formées chacune de quatre compagnies numérotées de 1 à 8 et appartenant toutes, à la Terre et au Ciel : soit 3 300 hommes par compagnie. Les commandements se transmettent au moyen du gong, du tambour et du porte-voix, chaque compagnie obéit au nombre de coup de gong représentant son numéro d'ordre, le tambour indique vers quel côté doit s'opérer le mouvement. De même dans cette configuration, le bataillon reste immobile, il représente la dernière ligne de défense du centre de commandement.
La bataille , son déroulement et l'ordre en combat (suite)
Le plan de bataille du Hà-Dô ou du tableau magique de Phuc Hi se caractérise quand à lui, par une armée divisée en 18 compagnies (soit 422 hommes par compagnie) qui prennent position autour du général, de façon à figurer le tableau magique de Ha-Dô(29). Trois compagnies se portent en avant du centre, trois en arrière, deux à chacune des ailes, et deux à chacun des angles du quadrilatère. Le plan de bataille de Ha-Dô constitue avec celui de Thai-Cuc, les deux formations de combat les plus avantageuse pour vaincre l'ennemi. Ces deux plans étant basés sur les grands principes génésiques(30) découverts par les anciens, et conformes aux "volontés du Ciel et de la Terre".
Le plan de bataille des huit portes à serrure d'or s'applique pour une armée de 5.000 hommes. L'armée marche sur un seul rang, le général au centre entouré d'une garde de 1.000 hommes (compagnie du Ciel et de la Terre), et comprend 20 compagnies de chacune 200 hommes, soit 4.000 hommes. Cette tactique est attribuée à Khong-Minh(31). A l'extrémité de chacune des deux ailes, les compagnies du Serpent et du Moineau doivent constituer la ligne de défense de l'armée, que ce soit sur ses flancs ou à l'avant et à l'arrière. Dans le même ordre d'idée, les compagnies du Vent et du Nuage (encerclement) situées de part et d'autre du général en chef, sont les derniers éléments lancés dans la bataille, lorsque l'armée adverse désorganisée par les attaques des 16 compagnies restantes est prête à se disloquer.
Il existe deux autres manières de former les troupes en bataille, comme le plan par mouvement oblique des ailes ou encore le plan en carré qui conservent l'ordonnancement du plan précédent en 20 compagnies de 200 hommes pour les ailes et mille hommes dans le bataillon central. On retrouve bien entendu les compagnies du Serpent, du Moineau, du Nuage et du Vent aux extrémités pour le premier et sur les angles pour le second. Ainsi quel que soit le côté attaqué, celui-ci dispose, outre une force d'attaque de quatre compagnies (8 000 hommes), de deux compagnies annexes, une pour la défense et l'autre pour contourner l'ennemi. Ainsi, une armée en bataille est comme un serpent, si on le frappe à la tête, la queue se replie pour lui porter secours et inversement.
Au cours de la bataille de constantes manœuvres détournent l'attention de l'ennemi et permettent des opérations Ch'i sur ses arrières et sur ses flans en profondeur. Comme nous venons de le voir dans le plan de bataille dit du Thai Cuc, l'armée est divisée en deux compagnies symétriques à un axe central, mais antagonistes l'une envers l'autre, mais derrière la matérialité de ces compagnies, ce sont les mondes de la Terre et du Ciel regroupant chacun les éléments les constituants qui sont représentés. Ils constituent les éléments tactiques du général, la force normale, directe, dite Cheng et la force extraordinaire, indirecte, dite Ch'i qui ont une action combinée et dont les effets se répercutent de l'une sur l'autre. Si le Cheng et le Ch'i se retrouvent dans l'opposition du Ciel et de la Terre, ils résident également au sein de chaque ensemble. Par exemple, chaque compagnie de l'élément Terre a une prédisposition dans le combat par rapport aux autres, tout en se complétant dans la bataille. Ainsi, nous pouvons définir le Cheng comme un élément de fixation (le Tigre, Principe Mâle, Soleil, Lune, Principe Femelle, Dragon) et le Ch'i comme un élément destiné à prendre l'ennemi de flanc et à l'encercler (Moineau, Vent, Serpent, Nuage) ou encore comme élément de diversion et élément d'intervention décisive, respectivement. Leurs coups sont en corrélation. Le Cheng et le Ch'i sont comparables à deux anneaux entrelacés (32). Qui peut dire où commence l'un et où finit l'autre ? Leur interchangeabilité offre une gamme infinie de possibilités. Les fonctions du Cheng peuvent se muer en fonctions Ch'i et vice-versa Nous pouvons donc redéfinir une attaque Ch'i comme étant celle qui s'effectue lorsqu'une solution rapide est possible dans un secteur où les défenses de l'ennemi présentent des failles et des brèches. La diversion revêt une importance considérable et les transmissions de l'adversaire deviennent par conséquent, un objectif primordial.
L'organisation décrite ci-dessus donnait une souplesse considérable dans les formations de marche tandis que l'articulation des divers éléments rendait possible un déploiement rapide approprié au combat. Mais quoi qu'il en soit, comme le dit lui-même Dampier(33), l'armée viêtnamienne connut assez rarement de bataille rangée aux 18ème et 19ème siècles, se limitant à des escarmouches avec ses ennemis. _________________ Qui pisse contre le vent met ses godasses en danger |
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Posté le: 13 Lun Déc , 2004 12:30
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Long Nu !
Super boulot, merci beaucoup, et vivement la suite !!
Existe-t-il une traduction du poème sur Lia ?? _________________ -thi-
intermittent des arts martiaux
bassiste martial |
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Posté le: 14 Mar Déc , 2004 02:05
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| conputer a écrit: |
sniff, sniff, j'ai meme plus assez de larmes pour pleurer ma joie
Pour tous les kwooneurs: mais comment pourra t'on un jour la remercier? |
Mais Conp, c'est super simple et pas dur du tout...
Et comme c'est bientôt Noël, alors voilà ma liste. Un seul des items me suffirait déjà amplement !...
1/ Avoir Conputer et Phénix pour moi toute seule pendant un déjeuner, et pouvoir leur poser toutes mes questions débiles sur le milieu parisien des AM ;
2/ Regarder Tki exécuter le Lao Mai Quyên, en dégustant un verre de Montbazillac ;
3/ Rencontrer Julien pour de vrai et lui proposer de s'échanger des DVD de films "Kiêm Hiêp" en viet ;
4/ Faire tuishou avec Chris... et qu'il me laisse gagner ! (heu, non là je plaisantais, hein, bien sûr... J'ai pô le niveau ! )
Plus sérieusement, je voulais poster ce texte parce qu'il amène aussi un lot de questions sur les origines des AM viets.
- L'auteur a l'air de dire que le style de Binh Dinh s'est créé "naturellement" tout seul : est ce si vrai ? Quid des possibles influences chinoises ?
- Quels styles martiaux pouvait-on pratiquer déjà à l'époque dans la province de Hà Dông ? Puisque ce sont apparemment les gens de cette partie du Vietnam qui ont apporté leurs techniques à Binh Dinh...
Si vous avez des pistes, des idées ou des hypothèses n'hésitez pas, car cela pourrait faire avancer le "schmilblick" ...
@ thi
J'avais commencé à traduire la partie concernant l'histoire de Lia dans l'article, mais je ne l'ai pas terminé.
C'est assez rigolo, cela rappelle un peu des passages du "Shui hu zhuan" de Shi Nai An... A ma connaissance, il n'existe pas de traduction de ce poème populaire. Car il n'est pas considéré comme de la "grande" littérature viet (à l'instar des poèmes tels que "Luc Vân Tiên" ou "Truyên Kiêu"), et du coup personne n'a dû vouloir se donner le mal de le traduire... _________________ "Quiconque croit que la croissance exponentielle peut continuer sans fin, dans un monde fini, est soit fou, soit économiste" - K. Boulding, économiste |
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Posté le: 14 Mar Déc , 2004 09:47
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Long Nu, je veux bien te faire le Lao Mai si Tki n'est pas disponible...Superbe boulot, je me joins z'aux z'autres pour te "càm on cô"-er ! _________________ Adepte du Clan des Sans-Clan
Yoroshiku onegaishimasu.
Weakest Link(tm) |
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Posté le: 14 Mar Déc , 2004 10:50
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Oh, Vosinh, tu te calmes oui !!!
Non mais !
C'est moi qui ait été choisi pour Lao Mai !!!! grrrrrrr
Non mais z'o !!!!!!
Ah, les jeunes ! plus aucun respect !!!! _________________ Qui pisse contre le vent met ses godasses en danger |
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Posté le: 14 Mar Déc , 2004 11:20
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@ Tiêu Long Nu,
Je n'ai pas de DVD Kiêm Hiêp.
Je n'ai que des livres de Math, si cela t'intéresse.
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Posté le: 14 Mar Déc , 2004 11:23
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@vo sinh, tki
je vous surveille
Yor... |
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